Louis-Philippe Dalembert, Milwaukee Blues

Une lecture de Patricia Bouchet

« Cela fait du bien de voir les amis prendre ta défense, sans que tu aies à intervenir toi-même. C’est doux. C’est une façon de t’entendre dire « je t’aime », sans les mots (page 32).

Qui aimait Emmet ?  Qui connaissait Emmet ? Cet homme afro-américain étouffé sous le genou d’un policier américain en mai 2020. C’e sontdonc ces questions qui vont charpenter le roman. 

Louis-Philippe Dalembert nous offre ici un roman (inspiré du meurtre de George Floyd), puissant, et écrit comme la construction d’une cathédrale. Roman choral, oui, qui donne à entendre des voix. Chaque témoignage est une pierre posée qui charpente la vie d’Emmet (prénom choisi en référence au crime raciste des années 50). Qui était cet homme : de l’institutrice, aux ami(e)s, de l’ex-femme à l’entraîneur, ils apportent tous un éclairage sur Emmet, mais également sur un quartier de l’État du Winsconsin, la fragilité d’une vie encore plus mise à l’épreuve dans les quartiers populaires. C’est l’histoire d’un homme qui a cru pouvoir sortir de son milieu défavorisé, qui a touché du doigt la gloire et puis…l e moment où tout bascule…

La fatalité qui fait chuter (la blessure) et l’absurdité d’un instant qui le plaque au sol. 

Louis-Philippe Dalembert ne verse pas dans le pathos, le larmoyant et jamais cet homme à terre qui suffoque, n’aura voix dans ce roman. Ceux sont les autres qui dresseront l’échafaudage fragile de cette vie qui pliera sous le poids du destin. Malgré la tragédie, Louis Philippe Dalembert glisse, comme à son habitude, des notes d’humour : un « parlé » vrai, des situations cocasses.

Trois piliers de construction dans ce roman : les années d’enfance – le football et la cassure – la marche (funérailles). 

Le roman débute sur le témoignage du gérant d’une supérette, auteur de l’appel au « 911 » pour signaler une suspicion de faux billet. Le talent de Louis Philippe Dalembert est de nous immerger, dès le début, dans la complexité de l’âme humaine. Pris de scrupules, hanté par la culpabilité d’avoir déclencher les événements, ce gérant lance le roman. Témoignage subtil et bouleversant comme, le sera, le prêche de la pasteure, Ma Robinson, dans les dernières pages, plein d’humanité et d’espoir.

Comme un pont construit entre deux époques, deux meurtres (1955 – 2020), ce roman nous laisse à entendre, bien après la dernière page, le murmure d’un homme suffocant et nous interroge sur les crimes raciaux qui demeurent.

« Je ne peux plus respirer » résonnera dans l’oreille du monde, grâce à ce roman somptueux et nécessaire.

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