Watson Charles, Le ciel sans boussole et Le chant des marées

Crédit photo : Kokouvi Dzifa Galley

Patricia Bouchet conseille la lecture de deux livres de Watson Charles, un roman et un recueil de poésie.
Le ciel sans boussole a eu la mention spéciale du jury
du prix Senghor du premier roman francophone et francophile 2021.
Une autre note de lecture sur Le ciel sans boussole ici.
Décidément un grand roman !

Lire aussi l’entretien de Watson Charles avec Velimir Mladenović dans La Quinzaine littéraire (avril 2021).


Le ciel sans boussole, Watson Charles, Les éditions Moires, 2021

C’est un livre bouleversant qui nous traverse tout autant que nous traversons le destin d’un homme. L’ambiance tragique de misère, de souffrance y est palpable. Exploitation de l’humain, société dévorante, gangrène de la corruption, tout ce tragique grouille. La particularité de ce roman est de mettre en lumière simultanément les répercussions tragiques sur le corps et les beautés de ce pays. Haïti. Haïti est un corps. Un corps qui va ressentir la misère, la révolte, l’amour, la maladie. C’est un corps qui vit, qui marche, qui trébuche qui souffre, qui aime, qui vieillit, qui combat. C’est à travers le corps, un corps, les corps que l’on déambule dans ce pays. L’emploi du présent donne une proximité avec Jackson, le personnage principal. Il nous plonge dans la réalité On glisse sur les lignes de Watson Charles comme on marche à côtés de Jackson. On traverse un pays, une ville, des villes, une vie à travers ce corps qui palpite et souffre, comme un réceptacle à la misère. Le corps de Jackson nous parle à toutes les étapes de sa vie. Les conditions de vie, son habitat, sa rue, sa ville, tout nous est décrit à travers ce corps qui se bat, qui ressent, qui subit mais qui lutte pour rester en vie et ne se résigne jamais. L’intensité est partout, dans la misère, dans les combats et dans ce corps qui ressent la douleur autant que le plaisir. La rencontre avec Rosemène va redresser cet homme. Des pages très sensuelles qui viennent éclairer la vie de Jackson et le roman. Pause flamboyante. L’écriture nous offre de belles pépites poétiques et fortes. Le ton n’est jamais agressif, Watson CHARLES fait état, comme une marche lente et tranquille parmi le chaos. Des descriptions jaillissent exposant la beauté au milieu des catastrophes multiples et variées. Jackson vit et Watson nous déplie le décor. Fierté et humanité. Le style est sobre, sans fioriture comme le miroir de la réalité. Tout gronde autour mais la plume est souvent poétique, aussi puissante que tragique. Une dure réalité d’un pays meurtri, gangréné. L’histoire d’un destin. On est vraiment en Haïti dans les mots de Watson.


Le chant des marées, Éditions Unicité

Mélancolie lointaine.

Le chant des marées est un bain haïtien, un cri, une plainte marine faites de soupirs et d’espoir, un mouvement incessant, une houle qui comme ses souvenirs encercle son esprit. Cette île dont la mélancolie lointaine, dont la silhouette ancrée en lui, est le ventre d’une mère, baigné de mer, tantôt calme, tantôt houleuse. On y voit presque la souffrance de l’exil, omniprésente. On la ressent. La rupture, l’éloignement, l’exil, suintent à travers ses lignes.  Un recueil de poèmes, comme une marche vers la « résilience ».

« Je voudrais te dire tant de chose, Mais le cri du poète est une rivière qui pleure »

Charles Watson écrit des marches, comme des errances, comme des quêtes. Une houle en mouvement qui éloigne le souvenir ou bien déblaie le chemin pour avancer Tout vient de loin chez lui. Certes, son ile est lointaine mais de quelles contrées intérieures écrit-il ? d’où jaillit cette plainte, cette marche sans fin qui guide ses lignes ?…

… D’un élan de vie, lent mais tenace, qui entraine un mot après l’autre, qui dessine une phrase après l’autre, qui forme le mouvement de vie et d’écriture. Il a le cri muet de ceux qui avancent et arrimé au corps, une force tranquille.


En savoir plus sur Watson Charles
Né à la Croix-des-Bouquets le 22 novembre 1980, Jean Watson Charles est un poète et nouvelliste haïtien. Fils d’un hougan, il grandit dans un univers grandement marqué par les accents de la culture populaire qu’il apprend à connaître au fil des ans. La connaissance de la culture populaire ne le tente pas, il laisse le patelin familial et va s’établir à Delmas chez une branche de sa famille maternelle.
Après son baccalauréat, il entre à l’École Normale Supérieure en 2003 où il fait des études de Lettres Modernes. En 2008, il s’inscrit au département de Sociologie de la faculté d’Ethnologie. En 2010, il abandonne ses études pour se consacrer à l’écriture. Aux côtés des amis tels James Pubien, Wébert Charles et Jean-François Toussaint, il participe à la création des Éditions Bas de Page. Il publie la même année, en collaboration avec Wébert Charles, Pour que la terre s’en souvienne, un livre hommage aux disparus du tremblement de terre du 12 janvier.
Professeur de lettres dans des écoles de la capitale, il prend une part active à la vie culturelle en fréquentant des cercles littéraires où il lit ses poèmes et dirige des ateliers d’écriture tantôt au centre culturel Araka tantôt au centre culturel Haïti-Brésil où il anime le ciné-club Glauber Rocha.
Watson Charles s’installe à Paris en 2010.

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