Dominique Fabre, Une enfance

Parution le 26 mai aux éditions de l’Attente.


Le livre de Dominique Fabre pourrait passer inaperçu sur la table des libraires : ni son format ni son titre n’attirent l’attention de manière ostentatoire. Ne pas le lire serait pourtant fort dommage, car c’est justement ce « petit air de rien » qui en fait tout le prix. Dans une forme qui s’apparente au vers libre, l’auteur évoque son enfance dans une tonalité douce-amère. D’une page à l’autre, sans insister ni développer, il livre des souvenirs, des fragments, les traces qui demeurent. Ce n’est pas un récit, mais parfois juste « une page cornée », que l’on retient dans sa mémoire, pour l’instant vécu, drôle ou douloureux, parfois anecdotique.

L’écriture laisse le champ libre à l’imaginaire et à l’implicite. L’absence de ponctuation au sein de chaque « mini-chapitre » (le terme ne convient pas exactement), associée à la forme versifiée librement  et aux images poétiques laisse parfois trembler légèrement le sens et s’entrouvrir un espace qui échappe aux mots.

Le « je » de l’auteur n’est pas en représentation. Le plaisir de la lecture naît de cette manière de parler de soi : Dominique Fabre n’impose ni ne pose rien de manière appuyée, mais (res)suscite l’émotion. Bribes de vie, méditation nostalgique ou amusée sur  une enfance, certes, mais finalement, même si les expériences sont bien évidemment diverses, sur l’enfance.


Les premières lignes

Quand la tristesse monte
en moi
l’enfance réapparaît 


Extraits

De père n’aurai pas eu
n’en aurai aucun besoin
de mère à peine
non plus
mais les vieux caramels de la mémé Sonza
et les yeux géants de monsieur Novel sous ses lunettes
me manquent depuis toujours
de plus en plus souvent
le baiser dégueulasse à poser sur sa joue poilue
les serpents qui se trissent
dans les hautes herbes du champ
les vieux papiers sur le trottoir
les voitures réticentes des paysans du coin
et les ronces du voisin
les culottes en coton des filles
battent parfois sous le vent
de Genève à Paris ou peut-être
seulement Lyon ou Turin ?
sur le fil à linge

***

Parfois il manque
un petit quelque chose à ce rien
dont on s’évade à peine

Parfois on sent
qu’il est l’heure de partir
on reste encore un peu
dans la salle éclairée
où les valises attendant
où les pages sont cornées
les couvertures brillantes d’histoires
qu’on ne lire jamais
jusqu’à la fin.
***

Un petit air de rien
un petit poème trois fois rien
un petit matin frais
un petit air marin
un espoir irréfléchi
une secousse dans les yeux d’une passante
se coller à un fonds marin
brûler des mais au sable d’un désert
entendre encore une fois ma mère me parler
même pour me dire
mon père me raconter
comme tous les repris de justice
qu’il a payé sa dette à la société
surtout qu’il était innocent
ce qui en somme ne change rien
à mon envie de disparaître
sans hésiter
en chemin.

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