Tudor Ganea, La femme qui a mangé les lèvres de mon père

Du compte-rendu à l’analyse, L’or des livres (rédigé par Emmanuelle Caminade) est un blog de critique littéraire qui s’intéresse à la qualité et à la singularité des livres sans tenir compte de leur médiatisation. Il ne se limite pas à l’actualité, même s’il privilégie les auteurs contemporains.


Le roman de Tudor Ganea (Le Nouvel Attila, 2020) est traduit par Florica Courriol dont vous pouvez retrouver ici l’entretien avec Désirdelire : elle y évoque entre autres son travail sur ce texte.


Premier roman du jeune architecte Tudor Ganea publié en Roumanie en 2016 – où il rencontra un gros succès public -, Cazemata (La casemate) vient de sortir en France sous le titre La femme qui a mangé les lèvres de mon père, dans la traduction de Florica Courriol.

C’est un roman très étrange qui se déroule à Constanta sur les bords de la Mer noire, à une centaine de kilomètres de ce delta du Danube qu’habite encore une communauté lipovène de pêcheurs venue de Russie. Un livre puisant dans le fond légendaire d’un monde aquatique traditionnellement voué à la pêche nous ramenant à ce « peuple de l’eau », comme dans les mythes primordiaux ainsi que, de manière relativement dérobée, dans l’histoire du pays.

Au centre du roman, une vieille casemate datant de la dernière guerre mondiale située sur le plateau de la falaise, qu’entourent les « MZ (émsés) » de béton décatis d’une cité populaire. Un lieu mystérieux alimentant les rumeurs les plus délirantes et qui se révélera maudit.

C’est là, à l’époque où elle abritait un bar miteux fréquenté par les vieux pêcheurs du coin, qu’on retrouva en effet le cadavre déchiqueté d’un jeune « camé » insaisissable utilisant, selon la rumeur, un réseau de tunnels qui relierait cette casemate à la mer : une mort restée inexpliquée. Et voilà que dix ans après, sur le chantier destiné à la transformer en immeuble résidentiel, trois ouvriers disparaissent sans laisser de traces !

Radu Adamescu, jeune inspecteur en civil, est alors envoyé par son supérieur le Commissaire Petrovici pour mener l’enquête. Installé incognito dans la cité, il écoute et fait parler les gens. La boisson déliant les langues, un pêcheur nommé Olubé qui semble la mémoire (2) du lieu lui raconte ainsi des « histoires à dormir debout », et il observe lui-même de curieuses choses qui mettent à mal son esprit rationnel …

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