Entretien avec Carine Chichereau, traductrice littéraire

Les Imposteurs, le blog de Guillaume Richez.
Nous le remercions pour le partage de cet entretien qu’il a réalisé avec Carine Chichereau en 2018.



Carine Chichereau a traduit soixante-quinze textes, dont des œuvres de Raymond Carver, Lauren Groff, Jane Smiley,
Chinelo Okparanta, Julie Otsuka, Virginia Reeves, Maria Semple, Meena Kandasamy, Fiona McFarlane ou encore l’écrivain
irlandais Joseph O’Connor. 

Rencontre avec une traductrice qui exerce avec passion son métier depuis vingt ans sans avoir perdu son enthousiasme.


Pouvez-vous nous parler de votre parcours : comment êtes-vous devenue traductrice ?

C’est ma volonté d’écrire qui m’a amenée à traduire. J’ai commencé à écrire vers l’âge de douze ans, mais j’ai vite compris que je ne pourrais pas en faire un « métier », que je ne pourrais pas gagner ma vie ainsi, et qu’il me fallait une autre profession. Ensuite, j’ai fait entre autre des études d’anglais, et un jour, lors d’un stage à la revue Europe, on m’a donné des textes à traduire. J’ai adoré faire ça. C’était sur Beckett. Donc j’ai choisi d’orienter mes études vers la traduction littéraire. C’était presque un débouché naturel pour moi. Il y a donc plus de vingt ans que je suis traductrice professionnelle, et je suis toujours aussi enthousiaste.

1984 traduit par Josée Kamoun et Moby-Dick ou le Cachalot traduit par Philippe Jaworski chez Gallimard, L’Île au trésor traduit par Jean-Jacques Greif chez Tristram, Le Chute de la maison Usher traduit par Pierre Bondil et Johanne Le Ray chez Gallmeister, – pour ne citer que les plus récentes parutions : on ne compte plus les nouvelles traductions de chefs-d’œuvre de la littérature. Quel roman déjà traduit souhaiteriez-vous (re)traduire vous-même et pour quelle raison ?

1J’adorerais retraduire Raymond Carver. À force de le crier partout, ça finira peut-être par arriver ! En fait, j’ai eu la chance que Nathalie Zberro, à l’époque où elle travaillait encore à L’Olivier, me confie la traduction de la biographie de Carver. J’ai lu ou relu toute son œuvre, c’était passionnant. L’Olivier a republié toutes les œuvres de Carver, et cette biographie était une sorte de bonus pour les fans. Certaines traductions sont excellentes, comme celles de Jean-Pierre Carasso, mais les plus anciennes, celles qui datent des années 1980 pourraient faire l’objet d’une nouvelle traduction, je pense, car à l’époque où les premiers livres sont sortis, Carver était inconnu, on n’avait pas les mêmes exigences concernant son style. La difficulté avec Carver, c’est qu’il faut dire beaucoup en peu de mots, sans effets de manche. Les écritures sèches, blanches, sont les plus difficiles à traduire. Pas question de se cacher derrière une « belle écriture ».

Capture d_écran 2018-08-31 à 14.30.23Paradoxalement, je rêve aussi de retraduire Jane Eyre, parce que c’est un livre que j’ai étudié et littéralement adoré quand j’étais étudiante. Du point de vue de la traduction, c’est presque l’exercice inverse, le style inverse, mais c’est passionnant. J’adore la langue du XIXème siècle, tortueuse, fourmillant de détails, d’adjectifs, les longues descriptions des paysages. Carver et Brontë sont des maîtres dans leur genre, et traduire les maîtres, c’est exaltant.

Vous est-il déjà arrivé de refuser de traduire un texte proposé par un éditeur ? Et dans l’affirmative, quelle en était la raison ?

3Oui, cela m’arrive souvent, principalement parce que je n’ai pas le temps. Parfois parce que le texte ne me plaît pas ou ne me parle pas. Je pense qu’on ne peut bien traduire que les textes qu’on aime. Se forcer à passer des mois avec un texte qu’on n’aime pas, ça ne peut donner qu’un piètre résultat, car on a envie d’expédier la traduction, on y apporte forcément moins de soin. On est moins concerné par ce qu’on fait. En outre, je pense qu’une traductrice ou un traducteur a des « créneaux », des types de textes qui lui correspondent mieux que d’autres. J’ai découvert par exemple l’an dernier en traduisant un poème d’un jeune poète, DJ et performer mexicain, Martin Rangel qui est un ami, que la poésie urbaine ultra-contemporaine m’échappait complètement. Que je ne parvenais pas à rendre un aspect déstructuré, expérimental. Donc je sais qu’un certain type de littérature avant-gardiste, ce n’est pas pour moi. De même que la poésie, je ne pense pas que je m’aventurerai à en traduire. Je pense qu’il faut être soi-même poète pour traduire de la poésie. Cela dit, mon amie Céline Leroy, qui est une très grande traductrice sans être poétesse, a magnifiquement traduit les poèmes de Laura Kasischke du recueil Mariées rebelles (4).

Comment parvenez-vous à rendre ce que vous appelez les substrats du texte ?

Si l’on devait définir les « substrats » du texte, je dirais qu’il s’agit de toute la partie immergée du livre. Tout ce qui est entre les lignes, qui n’est pas écrit. Si je prends l’exemple des œuvres de Joseph O’Connor, qui a écrit une sorte de trilogie avec en fond l’histoire de l’Irlande, il serait difficile de traduire ces livres sans une bonne connaissance de l’histoire de ce pays, du XIXème et du XXème siècle, mais aussi pour Muse, par exemple, il est nécessaire de bien connaître l’œuvre du dramaturge John Synge, sa situation sociale, les raisons de l’énorme scandale que causa sa pièce Le Balladin du monde occidental. Les références qu’il faut avoir en tête sont très nombreuses. Le substrat du texte apparaît en filigrane dans le choix des mots, des expressions, du rythme. Il est difficile de le montrer, mais il préside à nos choix, nécessairement. Quand on traduit, les mots sortent des profondeurs de notre esprit, ils sont dictés par les aspects littéraires bien sûr, mais aussi par toutes les raisons que j’ai évoquées précédemment : le mot juste respecte à la fois la poétique du texte et la culture générale du livre dans tous ses aspects.

Dans Deux garçons, la mer de Jamie O’Neill  il y a des jeux sur les sonorités que vous avez essayé de rendre en français. Pouvez-vous nous donner un exemple en mettant en regard les extraits du texte original et du vôtre ?

Je vais prendre un autre exemple pour vous répondre, particulièrement frappant, extrait de La Colère de Kurathi Amman, de Meena Kandasamy, où elle a imité un morceau de rap :

« Carrying the tales of their cunts and their cuntrees and
their cuntenants, women cross all hurdles, talk in circles,
burst into tears, break into cheers, teach a few others, take
new lovers, become earth mothers, question big brothers,
breathe state secrets, fuck all etiquettes and turn themselves
into the truth-or-dare pamphleteer who will interfere at the
frontier. And in these rap-as-trap times, they perceive the
dawn of the day and they start saying their permitted say.

So, when there is an old landowner, who is a bad money
loaner, they don’t sit still, they start the gossip mill. And
it is the holy writ: women don’t crib on shit, ’cause they
don’t ask for it. The logic is clear: he looked for trouble,
now they’ll burst his bubble. They bitch without a hitch;
speak non-stop like monsoon frogs. Then they plot their
foolproof plan, they make their effigy man.
This is how the season of protest began. »

« Porteuses des contes de leur con, de leur contrée, de son contenu, les femmes sautent les lisières, parlent à la terre entière, pleurent des larmes fières, pour mieux rire derrière, emmerdent les bonnes manières, ont des amours légères, deviennent déesses mères, disputent leurs grands frères, disent des secrets d’état, se muent en pamphlétaires, action-ou-vérité qui interfèrent à la frontière. Et en cette époque de rap qui dérape, elles voient poindre l’aube et commencent à s’exprimer puisqu’on les y autorise.

Aussi, quand se ramène un vieux propriétaire, mauvais prêteur, elles ne restent pas tranquilles, elles se lancent, volubiles. C’est un écrit sacré : les femmes ne crient pas pour rien, elles n’ont rien demandé. La logique est claire : il les a cherchées, elles vont le déchirer. Elle râlent sans retard, causent sans pause, comme les grenouilles à la mousson. Puis elles complotent le plan parfait, fabriquent son effigie.
Ainsi commence la saison des protestations. »

Vous parlez de « partition » pour évoquer le texte original. Procédez-vous comme une musicienne avec une première phase de déchiffrage avant d’entamer la phase d’écriture ?

La métaphore musicale me sert davantage à faire comprendre aux gens quel est notre métier, et ce qui fait de nous des auteurs à part entière. Je ne suis pas musicienne. Mais je pense que le travail préparatoire est différent. Moi, je commence en effet par lire le texte intégralement. Toujours. Pour comprendre le style de l’auteur, voir où il ou elle va, qui sont les personnages, comment ils s’expriment, comprendre les dessous des cartes. Beaucoup de choses passent déjà par la lecture. Ensuite, je me lance, je plonge la tête la première en immersion et j’avance. Certains traducteurs font un premier jet qu’ils retravaillent incessamment – un peu comme un écrivain qui écrit un roman. Moi je ne travaille pas comme ça, mon premier jet est déjà quasiment finalisé. Donc là, je m’écarte beaucoup du musicien !

Olivier Le Lay, traducteur notamment de Berlin Alexanderplatz de Döblin, ainsi que des œuvres de Peter Handke et d’Elfriede Jelinek, confiait dans une interview accordée au magazine Le Matricule des anges  qu’« une erreur sémantique est toujours moins grave qu’une erreur rythmique. » Partagez-vous cette vision ? Dans ce même entretien, Olivier Le Lay explique également que le traducteur ne doit rien amener de soi, « épurer son écriture, s’effacer derrière le texte ». Et de conclure : « La pierre de touche d’une bonne traduction, c’est toujours l’épreuve du son. » Êtes-vous en cela d’accord avec lui ?

Difficile de répondre sur la question de l’erreur. Dans l’absolu, il ne devrait pas y avoir d’erreur, mais comme nous sommes humains, il en existera toujours. Quant à ne rien amener de soi, c’est impossible ! Nous traduisons avec nos partis pris, notre expérience, notre amour de tel type d’écriture, et ce genre de conception impliquerait qu’il n’y ait rien de personnel dans notre travail, or tout travail de création, comme de recréation, est forcément personnel ! C’est la subjectivité qui définit l’artiste, et pour la traduction, c’est pareil. Sinon, tout le monde pourrait traduire n’importe qui ! La même personne serait douée pour traduire un jeune hyper contemporain et aussi Shakespeare. Bien sûr que nous tentons de nous effacer au profit du style de l’auteur, et comme dit Eric Boury « un traducteur devrait avoir l’épaisseur d’une feuille de papier », mais une feuille de papier existe néanmoins, et quand vous observez la traduction d’un même texte par différentes personnes, comme par exemple le célèbre 1984 récemment retraduit par la grande Josée Kamoun, vous voyez très bien que l’identité de la traductrice est immédiatement perceptible ! Enfin, l’épreuve du son est quelque chose que je ne pratique pas, parce qu’entendre ma propre voix me distrait du texte, donc pas de gueuloir chez moi.

Êtes-vous sensible au nombre de signes de votre texte au regard du texte original ? Est-ce pour vous un « indicateur » quant à la qualité de votre traduction ?

Quand on traduit de l’anglais vers le français, il y a ce qu’on appelle le « coefficient de foisonnement ». C’est-à-dire en effet que le texte gonfle d’environ 10%. Disons qu’au-delà, c’est trop. Si ça dépasse de beaucoup 10%, sans doute la traduction est-elle trop bavarde. Mais je ne m’amuse pas à faire ce genre de calculs. Et j’aime bien aller à l’économie, donc je pense être légèrement en dessous de la barre des 10% !

Vous avez travaillé avec différentes éditrices et éditeurs. Votre travail a-t-il été le même ou a-t-il été différent selon les maisons d’édition ?

Pour moi c’est très simple, je ne peux travailler qu’avec des gens en qui j’ai toute confiance et avec lesquels je m’entends bien. Du coup, travailler est un plaisir. J’ai la chance de connaître des personnes formidables dans ce métier. La confiance est capitale dans les deux sens. L’éditeur ou plus souvent l’éditrice doit pouvoir compter sur moi par rapport aux délais, car parfois hélas certains traducteurs ne respectent pas ces délais, et cela fait complètement dérailler la chaîne du livre. Et puis les éditrices et éditeurs qui connaissent bien leurs traducteurs savent qui sera capable de traduire tel ou tel texte : ils font un casting ! Alors au final, je dirai que dans l’ensemble, oui, le travail est le même pour moi quelle que soit la personne, que ce soit des gens avec lesquels je travaille depuis longtemps, comme Nathalie Zberro (par exemple, ou d’autres que je viens de rencontrer, comme Jean Mattern pour Grasset, car dans un cas comme dans l’autre j’ai une totale confiance. En outre, je suis le genre de personne qui accepte totalement le regard des autres, je suis toujours d’accord pour discuter de mes choix de traduction, car je sais que je manque parfois de recul. Tout peut se discuter. Ce que je ne supporte pas, c’est la dictature, ça, c’est rédhibitoire pour moi.

Dans un entretien accordé au magazine Le Matricule des anges , Michel Volkovitch, éditeur et traducteur, explique que selon lui certains éditeurs voudraient que les traducteurs n’aient pas leur propre style, qu’ils traduisent tout « dans le même français d’éditeur passe-partout, correct et fade ». Avez-vous déjà été confrontée à une telle demande de « standardisation » venant d’un éditeur ?

4Non. Je refuserais, tout simplement. Dans ce cas, autant demander à une machine de faire la traduction. En général, les éditeurs et éditrices avec lesquels je travaille sont des personnes qui connaissent leur métier et le font très bien. Bien sûr, j’ai la chance de travailler pour des maisons reconnues pour leur sérieux, donc beaucoup de situations choquantes auxquelles sont confrontés certains de mes collègues me sont épargnées… Il y a aussi dans ce métier une grande inégalité liée au fait qu’on travaille avec des éditeurs « sérieux », ou bien des « publieurs » qui ne pensent qu’à l’argent.

Comment définiriez-vous votre propre style ?

Je ne peux pas dire que j’ai un « style » particulier en tant que traductrice. Nous sommes des caméléons, nous prenons la couleur de l’écriture de l’auteur. Si le style est sec, phrases courtes, pas d’adjectifs, alors il faut rester sec en français. Si c’est très lyrique, très poétique, avec de longues phrases, eh bien il faut suivre. C’est un exercice d’écriture passionnant.

Vous avez traduit soixante-quinze textes, dont des romans de Lauren Groff, Jane Smiley, Julie Otsuka, Chinelo Okparanta, Virginia Reeves, Maria Semple, Meena Kandasamy, Fiona McFarlane, Cate Kennedy, – nombre d’écrivaines, peut-être plus que d’écrivains. Pensez-vous qu’un éditeur ou une éditrice confie de préférence à une femme la traduction d’un roman écrit par une femme ?

Je ne me suis jamais posé la question, mais j’espère bien que non. Je suis contre l’essentialisme ! Mais votre question est intéressante. Je pense qu’un bon éditeur ou une bonne éditrice sait à qui confier un livre, il sent quel traducteur ou traductrice saura le mieux rendre tel ou tel style. Je me répète, mais c’est une sorte de casting. Peut-être que l’on confie spontanément plus volontiers un auteur à un traducteur et une autrice à une traductrice, mais je n’ai jamais eu cette impression. Et j’ai fait mon enquête : sur l’ensemble des auteurs et autrices que j’ai traduits, il y a davantage d’auteurs ! La différence n’est pas énorme, cependant. Cela tient d’ailleurs sans doute plus au fait que davantage d’hommes que de femmes sont traduits, car il demeure hélas des préjugés inconscients mais très ancrés dans ce domaine (un petit test : comptez le nombre d’autrices représentées parmi les soixante et onze lauréats des prix décernés par l’académie française récemment… c’est confondant. Je crois qu’on n’atteint guère plus de 20 %…).

Parmi ces soixante-quinze œuvres, laquelle a été la plus difficile à traduire ? Et pour quelle raison ?

Plusieurs critères peuvent rendre une œuvre difficile à traduire. Il y a le problème des références culturelles auxquelles on se heurte, et là bien sûr, je réponds immédiatement La Colère de Kurathi Amman (7), parce que l’autrice, Meena Kandasamy est originaire du Tamil Nadu, que sa culture est immensément différente de la mienne car l’Inde appartient à une constellation culturelle qui n’a rien à voir avec la nôtre, et que j’ai eu sans cesse mille questions à lui poser, ou à poser par exemple à des spécialistes de la galaxie des mouvements communistes ou marxistes indiens, et je ne parle pas de l’infinie complexité du système des castes, des mille dieux et déesses et de leurs avatars… Bref, vous avez compris. Ensuite, il y a la complexité du style lui-même de l’auteur. Je pourrais à nouveau citer Meena Kandasamy, mais je citerai plutôt cette fois Redemption Falls de Joseph O’Connor (9). J’ai mis des heures à traduire la première page ! Je dois avouer qu’il m’a fallu avancer de plusieurs chapitres dans le roman avant de commencer à vraiment y comprendre quelque chose ! En fait, il s’agit d’un roman choral, où toutes sortes de voix s’entremêlent, où les narrations s’entrecoupent. Il fallait commencer par comprendre la structure du livre, puis identifier les personnages, ensuite leur donner une voix en français… bref, un vrai casse-tête pour moi. Mais c’est un vrai chef-d’œuvre ! Pour moi, ce livre est le plus grand de Joseph O’Connor. C’était un énorme challenge, et je suis vraiment fière de l’avoir mené à bien.

Vous avez publié il y a quelques mois sur un réseau social cette citation de José Ortega y Gasset  : « De toutes les langues européennes, celle qui facilite le moins la tâche du traducteur est la langue française. » Que pensez-vous de cette assertion et pouvez-vous expliquer en quoi la langue française serait celle qui faciliterait le moins la tâche des traducteurs ?

Quand j’ai publié cette phrase, c’était pour moi une boutade. Je voulais dire à mes petits camarades : « Vous avez vu comme on est doués et tout le mérite qu’on a ! » De la part d’Ortega, c’était je pense une pique, car lorsqu’il a fui l’Espagne, il n’a pas été très bien accueilli en France, pas reconnu à sa juste valeur. On peut certes reprocher au français son manque de souplesse par rapport à l’anglais qui l’est tellement, mais je ne peux pas me mettre à la place de mes collègues qui traduisent vers d’autres langues, donc en vérité je n’en sais rien !

Ressentez-vous le besoin d’en savoir plus sur l’écrivain pour traduire son œuvre ?

6Absolument. On en revient au substrat. L’acte d’écriture est une chose éminemment intime et personnelle, personne d’autre que Julie Otsuka ne pourrait écrire Certaines n’avaient jamais vu la mer . Plus on connaît l’écrivain, plus on entre dans son univers, et plus on le traduit avec justesse. Bien sûr, il y a des romans plus intimistes que d’autres, où c’est donc plus important encore, mais dans l’ensemble, c’est toujours un plus de connaître l’écrivain. Par exemple quand je traduis Lauren Groff et qu’elle parle de la France, je sais qu’elle dit les choses telles qu’elles les a vécues car elle a séjourné une année en Bretagne, à l’époque du lycée, et qu’elle revient souvent en France. Le fait de connaître Lauren m’aide énormément à la traduire. Je pense de toute façon que j’ai besoin de connaître la genèse de l’œuvre, d’où elle vient, de quel univers, et puis je suis curieuse, j’aime savoir à qui j’ai affaire. J’aurais sans doute plus de mal à traduire quelqu’un avec qui je n’ai aucun lien, dont je ne sais rien. J’aurais l’impression d’avancer dans le brouillard. En outre, quand on connaît son auteur, on a envie d’une part d’être digne de lui, et d’autre part de lui faire plaisir, pour qu’il ou elle soit fier de son livre traduit !

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Je vis, lis et écris près de Marseille où je travaille dans le domaine de l’éducation. J’ai publié deux polars. Mon premier livre de poésie, Géométrie du cri, paraîtra en octobre 2022 aux éditions LansKine. Je suis membre de la commission poésie du Centre national du livre.
Les Imposteurs est un blog dans lequel je défends les œuvres de création, où s’expriment les voix de la littérature actuelle à travers des entretiens grand format, et où je donne moi-même de la voix avec des lectures à voix haute.
Vous pouvez me contacter à l’adresse contact.bloglesimposteurs@gmail.com.

Guillaume Richez.

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