Frédéric Fiolof, Finir les restes

L’analyse d’Emmanuelle Caminade


Du compte-rendu à l’analyse, ce blog de critique littéraire s’intéresse à la qualité et à la singularité des livres sans tenir compte de leur médiatisation. Il ne se limite pas à l’actualité, même s’il privilégie les auteurs contemporains. Et, depuis mars 2009, il propose systématiquement des extraits du livre critiqué en fin d’article afin d’en donner un aperçu objectif. Pour la quasi-totalité des auteurs de langue italienne (lus en v.o.), ces extraits sont de plus donnés en italien.



En juin 2018, Frédéric Fiolof ouvrit en tant qu’invité le numéro 3 de la revue de création littéraire l’Artichaut (consacré au thème « Point » (1)) avec un texte inédit intitulé « Instant T » (2). Et Finir les restes s’avère «le déploiement ultérieur de ce projet d’écriture».
1) http://www.artichaut-revue.com/
2) Texte, repris en partie dans l’incipit, dont on peut avoir le retour critique d’Hugues Robert pour la librairie Charybde : ICI


L’instant T, c’est celui du choc de la mort. Et ici d’abord de celle de la mère de l’auteur, «la dernière à partir» qui «a tiré si fort la couverture à elle (…) que tous les autres ont reparu», à commencer par son père, laissant  l’enfant aimé de cinquante ans avec une «immense colère», inextinguible : une colère qui «pègue», qui «s’accroche à [son] cœur comme le morceau de scotch au doigt du capitaine Haddock». Une colère s’apparentant à celle de Job contre son Dieu grand ordonnateur de l’univers, en ce qu’elle est aussi une demande de sens :

«Il ne comprend pas comment quelqu’un qui a ri, qui a parlé, qui s’est fait du souci pour son fils, qui a caressé les chats et cuisiné de la blanquette de veau au citron  peut se retrouver du jour au lendemain à ce point diminué, réduit à tenir en totalité dans un objet rouge plus petit qu’un ballon de hand ball». (p.81)

Et, plus largement, c’est contre cette fin d’un monde décrétée en «un claquement de doigts» que se révolte cet «orphelin tardif»«d’une immaturité inconsolable» : contre la fin d’une enfance choyée qui n’a pas tenu ses promesses d’éternité.

Ce cri de souffrance, cette virulente plainte (résultant d’une mise à l’épreuve chez Job) mettra du temps à dessiner chez l’auteur, qui a grandi et vieilli «sans Seigneur», une trajectoire vers la sagesse. Mais avec une ironique amertume, il finira par se secouer : «Prends tes morts sous le bras et va jouer ailleurs. Ton instant T se délitera tout seul. Que tu le veuilles ou non, il est biodégradable.»

Il sait bien en effet que :
«Bientôt un enfant seul se tiendra sagement tapi au fond de sa cage.
Muet.
Patient.
Quelque part dans [son] ventre d’homme. » (p.108)

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