Luc Blanvillain / Pas de souci

Une lecture d’Evelyne Sagnes

Parution 25 août 2022

Pas de souci. Pas de souci ? C’est bien le souci ! Ce n’est pas possible, envisageable, normal,  voire vivable !
L’expression est éculée, utilisée à tort et à travers : le titre est déjà  provocateur : écrire un livre intitulé Pas de souci, est-ce bien raisonnable ?  
Pas de souci, c’est aussi une manière rassurante de dire que rien n’est inquiétant…
Le roman de Luc Blanvillain va démontrer le contraire !

« Vous souffrez. » dit la thérapeute à Chloé, dès le premier chapitre du roman C’est donc cela. Un mal de vivre mal-identifié que Chloé va s’employer à comprendre. La famille peut-être  ? Un secret bien caché ? En tout cas pas de doute, c’est rassurant, il y a bien un souci. L’enquête commence mais c’est en même temps le déclenchement d’une série d’événements, drôles et/ou tragiques. Pour elle, pour son entourage, proche et plus lointain. Pas de souci, le pire devrait survenir.

On pense à ces installations où l’on voit une bille lancée dans un circuit, donc la trajectoire va provoquer chutes, collisions, mouvements divers d’éléments hétéroclites, sans que jamais elle ne soit arrêtée ou déviée. Une fois lancée, elle ira jusqu’au bout.  C’est inéluctable et fascinant. Un peu comme le ressort de la tragédie, qui une fois tendu, ne peut reprendre son état de repos. Luc Blanvillain a l’incroyable talent de tricoter une intrigue, des intrigues (qui se croisent et se compliquent mutuellement) devais-je dire, dont il maîtrise parfaitement les rouages  quand  ses personnages sont eux finalement emportés au-delà de ce qu’ils imaginaient et croyaient plus ou moins contrôler, comme les lecteurs d’ailleurs.

Pas de souci donc. Sourions. Rions même. Laissons-nous embarquer dans la vie de ces personnages, quelque peu perturbés, dont chacun est inoubliable dans sa singularité, parfois sa folie, ses mauvais penchants souvent. Sous couvert de cette histoire loufoque si bien ficelée, il est bien question de nos contemporains (et de nous-mêmes donc !) de leurs travers, de leurs peurs, de leurs pulsions. Un regard sans concession sur la société.

Comme Chloé, à la première ligne du roman, ne soyons pas « tout à fait dupes » mais ne boudons surtout pas pour autant notre plaisir à la lecture de ce roman insolite à l’humour corrosif, qui ne se donne aucune limite.

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