La lecture de Patricia

Arnaud Cathrine, Début de siècles

Patricia Bouchet a lu pour nous !

Voici 11 nouvelles qui de « Je n’existe plus » à « J’y suis » offrent une danse à deux temps. Le recueil commence et finit avec notre époque. Entre, se faufile le passé proche et le présent.  Elles s’enchainent, s’alternent du début du 20 -ème siècle au début du notre. Elles se parlent et se répondent à travers des personnages de fiction ou des figures emblématiques du monde artistique des « années folles ». Avec des dialogues d’une authenticité et d’une justesse surprenante, souvent succulents, il passe d’un langage soutenu et érudit, au dialogue très nature et débridé de notre époque. Il y invente des correspondances fictives ou inspirées avec des personnages haut en couleurs. L’ambiance, le style, tout y est. Arnaud nous transporte tantôt dans la sphère artistique des années 20/30 tantôt dans notre contemporanéité. Son talent réside dans ce basculement incessant où son écriture, passe d’une époque à l’autre. Il nous attrape et nous entraine.  On y retrouve l’admiration d’Arnaud Cathrine pour Jean Cocteau qu’il nous avait déjà donné à voir et entendre dans « Sous le soleil exactement » lecture musicale inspirée d’une nouvelle écrite en 2017. On reconnait son écriture, proche du théâtre, du cinéma, cette façon de donner vie et crédibiliser ces personnages. Comme un fil qui les relient, les nouvelles s’enchainent avec comme trame de fond, le courage ! Courage de s’extraire, de mourir, de faire face, de fuir l’impensable et l impensé, d’affronter ses désirs, ses pulsions, l’amour passion, ses souvenirs, ses idées reçues etc …

Envie de vivre, enchevêtrements des désirs parcourent les personnages, leur quête de plus de liberté, liberté d’être et/ou de choix. Des contextes différents, des années différentes et cette perpétuelle quête : être soi, libre de ses choix. Des personnages se fuient, se rencontrent, se heurtent, se toisent ou s’aiment. Chaque nouvelle a une trame commune, elle brosse les/ nos, questionnements sur le(s) choix ; le désir, la quête de soi et notre place au monde.

L’auteur sème tout au long de l’ouvrage des clins d’œil à quelques-uns de ses ouvrages précédents. Espiègle Arnaud ! Si vous voulez dansez d’un début de siècle à l’autre, lisez son dernier ouvrage !


Extrait article à paraitre dans La Provence :

On vous connait certes une admiration pour Cocteau mais d’où vient cette justesse de ton dans les différentes nouvelles de cette époque ?

Qu’il s’agisse de Jean Cocteau, Jacques Rigaut, Anne-Marie Schwarzenbach ou Eileen Gray, je me suis beaucoup documenté avant d’entamer l’écriture de ces nouvelles d’époque. C’était passionnant de traquer le point de bascule dans leurs vies dont j’allais m’emparer pour écrire. Mais c’était également nécessaire pour me faire à leurs voix, leur musique bien particulière. Je n’ai pas essayé de les singer mais de m’inspirer « à l’oreille » de la langue de ces années-là. Ce sont comme des lueurs, des couleurs sur une toile : elles ne doivent pas prendre la place du modèle mais « évoquer » une époque révolue. J’ai donc travaillé sur des « échos ». C’est un travail de musicien et de comédien en somme !

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