Jean Meckert, Les Coups

Une proposition de lecture de Dominique Jaubert.

Dans un style tout à la fois riche, précis, recherché, imagé et populaire («  J’étais plus diaphane qu’une puce d’eau »), Jean Meckert nous immerge dans le Paris des années 1930, avec ses ateliers, ses vieux immeubles, ses bars, sa population ouvrière, ses fêtes, ses périphéries. Il traite de façon magistrale et sensible de l’incommunicabilité, de l’enfermement, de la violence, de la solitude, de la difficulté d’ être soi, de l’authenticité, des oppositions entre les classe sociales, du langage.
L’évolution des rapports entre Félix et Paulette est extrêmement bien analysée et décrite, avec une progression lente mais inexorable vers le mépris réciproque, la haine ou les petits accommodements. On attend avec angoisse les gifles morales ou physiques, les coups ; on craint à chaque page une issue fatale.
Il y a dans ce premier livre de Jean Meckert du vitriol, du désespoir, de la vulgarité, de la finesse, de la comédie et de la tragédie.
Félix est tout à la fois enfantin, et donc émouvant, mais égoïste, attachant et ignoble, lucide et confus. Il n’a pas les mots justes pour dialoguer, mais les trouve en écrivant.
Paulette est courageuse, simple, moins vulgaire que ne la voit Félix. Elle n’est pas faite pour lui, mais qui peut être fait pour Félix, si mal dans sa peau, si sensible, si violent ?

Première parution : Gallimard 1942, Folio 2002 n°3668

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