Arnaud Friedman, La femme d’après

La Manufacture de livres, 2022

Comment une agression non advenue change-t-elle définitivement et radicalement le destin d’une femme ?
Arnaud Friedman explore les méandres du cheminement intérieur de cette femme, qui un soir d’été à Montpellier, venue retrouver un ancien amour, fait une rencontre au milieu de la nuit en revenant à son hôtel. Quatre jeunes gens, dont celui qu’elle appellera ensuite « le meneur », ont une attitude menaçante. Finalement ils passent leur chemin. Elle apprend le lendemain que non loin de là une jeune fille a été assassinée. Est-ce de sa faute ? Si elle avait été violée, la jeune fille n’aurait sans doute pas été tuée, puisque les pulsions des jeunes gens auraient été assouvies.
En tout cas, plus rien ne sera comme avant.

Il ne lui est donc rien arrivé. mais pourquoi ? Trop vieille ? Pas désirable ? De celles qui « dissuade » comme lui dit sa mère ? Ces quelques minutes l’amènent de question en question à plonger en elle-même, à mener une forme d’introspection (le récit est à la première personne) dangereuse et qui pourrait bien finir très mal. .
La vieillesse, ses rapports difficiles avec sa mère, les hommes qui ont traversé sa vie de manière plus ou moins brève, le désir qui impose sa loi, la fascination exercée par l’homme qui ne l’a pas agressée, des décisions complètement irrationnelles que son entourage ne comprend pas, l’amour de sa jeunesse, tout cela s’entremêle, elle est prise dans la nasse d’une angoisse croissante. Faudra-t-il « Un geste sec et définitif  » pour clore l’histoire ?

Arnaud Friedman prête à la narratrice une écriture très précise, elle révèle toutes les pensées, les velléités, les lâchetés, , les sensations les plus intimes. De manière impudique et sans retenue. Comme si elle s’adressait à elle-même et pouvait tout dire. Elle se met complètement à nu. Ce « je » renforce ce qu’on pourrait appeler un huis-clos psychologique, puisqu’aucun des autres personnages n’a accès à ce maelström intérieur, ne le subodore même. Pour le lecteur, c’est l’impression, très singulière de pénétrer subrepticement dans l’intime d’un être.

Un texte singulier, où grâce justement à l’écriture très maîtrisée, on suit la désagrégation intérieure d’une femme. Autrement dit, c’est la fermeté de l’écriture qui peut dire efficacement le dérèglement…

Evelyne Sagnes

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