Thierry Caruana

Des images et des mots

Thierry a participé à l’atelier de création partagée proposée lors de la journée avec Arno Bertina : Charlotte Guy, Editions Sometimes a présenté un corpus de photos d’Arno et l’invention du livre à venir a commencé ce jour-là…
Le texte de Thierry fait écho poétiquement aux thématiques qui rassemblent ces images.
Nous le remercions de nous permettre de partager ce texte.


Ô corps de ma douleur,
De soleils absents
De soleils lointains.
Il fait nuit en ce pays
Où la musique est morte de ne plus être dansée.
Et je n’ai pas sommeil.
Les vents et les marées nous ont portés
Sur ce rivage où nous n’avons plus de nom,
Dont la beauté est mesurée.
Ici nous sommes ombres, silhouettes sans lendemain.
Il n’y a plus de rire sur l’établi de nos jours
Et les enfants ont les yeux de vieillards effondrés.
La source de nos désirs s’est tarie parmi le vacarme menteur.
Nos bien tristes visages,
Faibles remparts à la barbarie,
Ne reçoivent plus qu’une lumière désolée,
Fatiguée.
Et je n’ai toujours pas sommeil.
Combien se sont arrêtés en chemin,
Par prémonition,
Par épuisement.
Je vois encore leurs yeux
Et j’entends encore leurs derniers rires,
Leurs derniers pleurs.
Et je n’ai toujours pas sommeil.
Mais dans ce poing levé, que je garde fermé,
Survit mon rêve.
Ce rêve si ancien qu’à nouveau d’autres saisiront.
Ils fuiront la nausée des jours étales
Et mordront la main qui prétend les nourrir.
Dans le désastre advenu, ils inventeront alors
L’humanité.
Pour l’heure, de ces aubes amères
Monte l’odeur douceâtre
De nos corps fragmentés, décomposés.
Et je n’ai toujours pas sommeil.

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