Lucie Modde, traductrice

Lucie Modde a répondu longuement à nos questions. Nous l’en remercions.

Lucie Modde est née en 1988 à Nantes. Après un master d’études chinoises à l’ENS de Lyon, elle passe quelques années en Chine avant de se former à la traduction à l’ESIT. Elle est aujourd’hui installée à son compte à Lyon et traduit des textes techniques, universitaires et littéraires depuis l’anglais et le chinois. Elle a traduit notamment Encore plus loin que Pluton de Huang Chong-kai (L’Asiathèque, 2018) et Les Âmes des enfants endormis de Mia Yun (Denoël, 2017). Elle est lauréate du prix Pierre-François Caillé de la traduction 2016 pour sa traduction de Tout ça va changer de Lao Ma (Philippe Picquier, 2015).


Quel a été votre cheminement vers la traduction ? 

Un cheminement progressif : une grande passion et beaucoup de curiosité pour les langues m’ont d’abord poussée à faire des études littéraires (filière L, prépa littéraire), puis de langue (études de chinois), ce qui m’a ensuite permis de séjourner en Chine. C’est à cette occasion que mon goût pour la traduction s’est affirmé, ce qui m’a décidée à entreprendre un Master de traduction de retour en France. En me renseignant un peu sur le sujet, j’ai rapidement compris que la traduction littéraire était une voie bouchée, j’ai donc choisi un master de traduction éditoriale, économique et technique. Une fois diplômée, j’ai pu progressivement orienter mon activité vers la traduction littéraire et aujourd’hui, je traduis principalement pour des maisons d’édition.
Pourquoi le chinois ? Excellente question. C’est ma LV2, c’est donc un choix qui remonte à ma fin d’année de 5e, soit à mes 13 ans… Je me souviens simplement que je ne voulais pas faire espagnol comme tout le monde et que le chinois me fascinait. Voilà.

Traduisez-vous aussi de français en chinois ?

Non, j’en serais bien incapable. Il est une règle communément admise en traduction : on ne traduit que vers sa langue maternelle. Je comprends et lis le chinois avec une certaine aisance mais la production écrite, de même qu’orale, relève d’un autre niveau. Il est d’ailleurs assez simple d’en faire l’expérience, que ce soit en cours, devant une série ou en présence de gens parlant une langue qu’on a étudiée : tant qu’on ne fait qu’écouter, on a l’impression que tout va bien, mais dès qu’il faut prendre la parole, les choses se gâtent…


Quand il s’agit de littérature contemporaine, êtes-vous en relation avec l’auteur ? Le consultez-vous ?

Lorsque l’on fait une traduction commandée par un éditeur, il est assez rare d’être en relation avec l’auteur, car c’est l’éditeur qui a fait les démarches avec l’agent/la maison d’édition étrangère. Dans mon expérience, les éditeurs ont tendance à vouloir limiter les interactions traducteur-auteur. En revanche, lorsqu’il s’agit d’un texte qu’on a soi-même proposé à une maison d’édition, comme il faut d’abord s’assurer que les droits sont disponibles, le traducteur aura a priori cherché à contacter l’auteur/l’éditeur étranger, et sera donc en relation directe avec eux. J’ai ainsi eu l’occasion d’échanger longuement avec certains auteurs, ce qui peut être d’une grande aide.

À quelles difficultés êtes-vous confrontée en traduisant ? Est-ce toujours les mêmes ?

Autant de difficultés qu’il y a de textes, même si, à la longue, on peut les faire rentrer dans des grandes catégories. Par contre, il s’agit rarement des mêmes difficultés d’une langue à l’autre : en tant que traductrice de l’anglais et du chinois, je trouve très précieux de pouvoir alterner entre ces deux langues dans mon travail car cela me permet de ne pas toujours me poser les mêmes questions (je caricature un peu). En chinois, il peut être très compliqué de rendre certaines expressions figées, très courantes à l’écrit mais très éloignées de nos référentiels culturels ; en anglais, l’efficacité et la simplicité de la langue constituent souvent un véritable casse-tête car je trouve le registre du français écrit souvent plus soutenu. 

La traduction du titre est-elle parfois complexe ? Pourquoi ? 


La traduction du titre revient rarement au traducteur ; de même que la quatrième de couverture, il s’agit d’une prérogative de l’éditeur. Nous pouvons être consultés, voire intégrés à la réflexion, mais la décision finale n’est quasiment jamais la nôtre. 

Comment voyez-vous votre rapport à la création littéraire en tant que traductrice ?

La traduction n’est rien d’autre qu’une création littéraire sous contrainte. La contrainte de fouiller au plus profond de la langue française pour trouver une langue, un style qui soient dans le ton et qui rendent un texte chinois ou anglais accessible à des lecteurs qui ne connaissent pas ces langues.

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