Mathilde Forget, De mon plein gré

Igolène a lu pour vous le dernier livre de Mathilde Forget.
Mathilde a été en résidence aux Correspondances de Manosque en 2020.


Elle ne se nomme pas. Elle parle sur le mode du « Je », et le « Tu », à qui elle s’adresse, le lecteur, est tout de suite l’un des personnages de ce récit. Elle est venue au commissariat de police aux première heures d’un dimanche matin. Pour déposer une plainte ? Pour avouer ? En victime ? En meurtrière ? Elle ne sait pas, elle ne sait plus. Il y a eu les bistrots de Bastille où elle a beaucoup bu, le samedi, avec les filles avec qui elle vit. Et puis elle n’a pas empêché l’homme de venir dans son appartement. Et puis « la chose », s’est passée. Et elle est venue dans ce commissariat pour dire « la chose ».
Le livre, c’est l’interrogatoire, puis  l’enquête. Loin d’être un polar, c’est le récit de l’invasion d’un être par le mal-être, c’est le dérisoire des questions et des gestes de l’enquête qui, depuis un registre totalement autre, ne pourront rien résoudre.
Grâce à une écriture fine, précise, crue et tendre, intimiste mais jamais ostentatoire, le lecteur reste un témoin sans jamais tomber dans le pathos de la pitié ni de la condamnation. Il s’interroge lui aussi, sans plus avoir la réponse que l’enquête ne donnera pas.
La force de ce récit, c’est la puissance de la conviction qui fait vivre la récitante : NON, JAMAIS elle ne changera de vie. Même si c’est dur, même si elle ne comprend pas toujours tout.

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