Marien Guillé

Il aime à se définir comme « poète de proximité ». Un peu troubadour, un peu vagabond, toujours animé d’une volonté de partage et de rencontre. Une poésie du quotidien, des petites choses. Une poésie qui prend vie avec les gens, dans leurs gestes, leurs regards, leurs silences.
Le texte qu’il nous offre aujourd’hui évoque encore ce désir de l’autre, vers l’autre.
Le retrouver sur sa page FB.
Le teaser de son spectacle Import-Export en fin d’article.


Le poète a dit : « Aucun homme n’est une île »

J’étais perdu en ce temps. Errant, pas après pas, j’avançais vers une rive disparue. Les solstices me traversaient sans rien dire, ainsi que des ombres sur les murs de la chambre. J’apprenais à lire le limon des fleuves, la lente caresse d’écrire, le bruissement des fougères sauvages. Je marchais vers la mer en silence chaque matin et, assis sur le sable, je comptais les vagues, l’une après l’autre. Tout comme les étoiles qui ne changent jamais de place. Un matin sans histoire, tandis que mes pas répétaient le même rituel, j’avançais les yeux fermés, mes pieds connaissaient le chemin. Arrivé sur la digue, je vis, ou plutôt je ne vis pas, je ne vis plus, la mer. Elle avait disparu. L’invisible l’avait vidé de toute son eau. Il n’y avait là qu’une immense étendue de sable moite. L’horizon avait avalé la mer, l’avait ramené dans son ventre lointain. Les barques ne flottaient plus. Elles ressemblaient à des îles abandonnées, soudain rattachées entre elles par l’absence de ce qui les rassemblaient.
Nous portons sur notre dos le poids des heures creuses. Les froissements de nos matins. Les pliures de nos peaux assoiffées.
Quelqu’un quelque part attend un poème. Quelqu’un semblable aux inconnus qui peuplent mon regard.
Te rejoindre.
Ce que j’avais pris pour mon inébranlable rivage, les limites de mon regard, pouvait donc se replier sans prévenir, et me laisser pour seul réconfort une flaque sur le sol. J’ai retiré mes chaussures. Mis mes deux pieds dans la flaque, et j’ai marché longtemps à l’intérieur. J’ai tellement remué la flaque avec mes pieds nus que j’ai presque rappelé toute l’eau qui avait pris le large. Mes orteils ont frémi. J’ai pris mes chaussures dans mes mains et me suis mis à avancer, à travers l’étendue austère de la mer disparue. J’ai marché pour te rejoindre.
Peut-être faisais-tu de même de l’autre côté ?
Quelle tempête a fait naître en nous ces pas inespérés ?
Ce que je tenais pour la frontière, infranchissable, de mon monde fini, avait soudain un tout autre visage : elle devenait un chemin à dessiner en y laissant nos traces. Elle devenait l’espérance de traverser… traverser enfin.
Il avait suffi de boire toute l’eau de la mer. Ce n’était pas si compliqué.
Le monde entier peut tenir dans une main, dans ton regard, dans une flaque d’eau au soleil de midi, dans le fond d’un bol que quelqu’un a bu quelque part sans y penser.
Tout était retrouvé. Les îles, puisque les hommes y marchèrent, se sont rapprochées les unes des autres, sans bouger d’un seul grain de sable. Nos pas faisaient le trait d’union.
Une tempête suffit à renverser l’axe du monde, à semer le désordre dans la houle, à défaire nos silences, à faire trembler les plis de l’eau et à ouvrir des chemins sur la mer.
Savons-nous encore marcher ? Observer l’empreinte de nos pas sur la terre inaccessible ?
Te rejoindre.
Aucun homme n’est une île.


Import-export, le spectacle écrit et interprété par Marien Guillé
Un conte théâtral qui vous emmènera dans un voyage intérieur, un spectacle qui vous transportera en Inde plus facilement qu’un avion, et sans décalage horaire ! Un récit qui chemine à travers l’Inde et les racines d’une histoire familiale ; un voyage au bout du monde comme au fond de soi, écrit et interprété par Marien Guillé, d’après une histoire vraie.

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