Patricia Bouchet, Portrait de Lenka Horňáková-Civade

Nous vous invitons à découvrir le travail de Patricia Bouchet,
photographe et romancière (Une araignée dans le rétroviseur, Parole, 2022) .
Aujourd’hui, le portrait de Lenka Horňáková-Civade.


À lire (avant de découvrir les photos… ou après !) la note d’intention de l’artiste
« Dans le fond, vous soulignez avec inspiration que ce qui est le plus rare chez une personne c’est tout ce qui lui échappe » François Morel
Je n’écris pas pour dire mais pour montrer,    
Je ne photographie pas pour montrer mais pour dire.
Après la longue période de solitude, les mains viennent enfin tisser le lien avec les lecteurs, continuent le dialogue au-delà des mots, complètent, enrichissent ce qu’elles ne dévoilent qu’à moitié à travers leur écriture. Occupées à formuler, à échanger avec les lecteurs, les mains se déploient et parlent dans un langage gestuel propre à chacun.
J’ai ainsi décidé de poser mon regard sur cet outil de travail dont usent les écrivains, ce prolongement de leur imagination qui relie les pensées au papier, instrument tel un logiciel fait de chair et d’os. A chaque rencontre, je photographie leurs mains en interview, dans l’intention de capter une gestuelle émanant de leur sensibilité. *
Visionner les photos, repérer la répétition du geste qui parle, est l’ébauche de mon travail. Puis s’ensuit une plongée en abîme dans leurs écrits afin de déceler ce qui relie le geste au mot, le mot à la personne, la personne à l’écrivain et l’écrivain à sa singularité. Finaliser ensuite ces exercices d’admiration en trouvant l’angle original qui leur ressemble et enfin exprimer, au travers de textes, cette gestuelle si particulière.
Les mains parlent, elles utilisent un langage peuplé de mots silencieux.
Ma démarche consiste à croiser deux formes artistiques, la photographie et l’écriture. Mon travail est une forme hybride où photographies et textes se complètent, s’accompagnent, se répondent. L’un donne sens à l’autre. Une façon de zoomer sur l’indicible du corps et l’invisible des mots.
Zoom avant sur les mains,
Zoom arrière sur les mots.
Mettre en lumière les deux formes de langage, celle des mots et celle du corps. Et, si les mots et le style différencient, le langage gestuel nous lie et nous relie. La main-outil pour l’écrivain devient alors, par sa gestuelle, un langage et un mode de partage. Ce travail met en évidence la corrélation ou l’opposition entre l’esprit et le corps. Mes thèmes de prédilection sont l’humain, dans sa complexité, son langage et son besoin de création.
La bipédie ayant libéré la main de nos ancêtres, nous a différencié du monde animal et a permis à l’homme d’exprimer son besoin de laisser sa trace, prémices du besoin de création. Tout acte de création est un langage, un moyen d’expression.
Comme disait Françoise Dolto : « Tout est langage ».* (Toutes les photographies sont prises en mouvements, non posées.)


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