Eugène Durif

Merci à notre ami Eugène Durif pour ce texte. L’écrivain face au monde et devant sa feuille…

C’est l’occasion d’en savoir plus sur son travail d’auteur, de comédien et de dramaturge, Le site de sa compagnie L’Envers du Décor rend compte de manière assez complète des différentes facettes de son inventivité artistique. N’hésitez pas à vous y rendre !

En fin d’article, une présentation de la création en cours Mister Tambourine Man et des photos de la résidence à Scènes du Jura – Scène nationale.




 GUETTEUR DEBOUT

Devant la feuille, je ne peux me rassembler. Et devant tout ce que je devrais trouver à dire, à écrire !
Alors, j’attends. 
Alors, du temps passe. Du temps est passé. J’essaye de lacérer la feuille à coups de petites traces craintives. J’essaie aussi de parler, fredonner, chanter, crier en tous sens. 
Et si de là, de toutes ces tentatives,  quelque chose allait surgir. 
Mais il y a peu d’espoir : je reste immobile à regarder l’informe ne jamais vouloir sortir de lui-même. J’écoute cette voix, la mienne pourrait-on dire, toujours si étrangement étrangère à elle-même. 
Pendant ce temps, le monde gueule discordant et me fait des signes blessés. Entre lui et moi, une vieille histoire !
 MONDE EN MIETTES, EN PETITS MORCEAUX, JE LE REGARDE DANS TOUS SES ÉTATS. 
OU BIEN EST-CE LUI QUI ME FIXE ?
COMMENT RENDRE COMPTE DE CE QUE JE NE PEUX JAMAIS RESSAISIR DANS SA TOTALITÉ…
Qu’est-ce que j’y peux, moi, si entre deux fractures, je ne peux établir un pont ? Attelle, tu pends désespérante, et mes bras ont perdu le désir de soulever des montagnes. Quant à mes mains, n’en parlons même pas
 
Cette fois, je m’y mets, rien ne résistera à cette envie désordonnée de trancher dans le vif pour le déposer tout saignant, là comme s’il était pour de vrai, sur une feuille plane où il ne perdrait pas de son relief. 
Cette fois, je tiens le début, le premier geste à exécuter, après le reste viendra, mon cœur ne bas pas si vite, ne bas pas si fort, tu vas faire fuir ce que je croyais déjà m’être accordé. 

Cette fois encore, petit accident de parcours, je ne sais plus si c’est la faute du bras ou celle de la feuille. Peut-être que c’est mieux. Qui resterait à regarder à vif et à guetter si tout allait trop bien, et se mettait à s’ordonner. J’attends. Un jour, j’en suis sûr, tout se mettra en place sans que j’y sois vraiment pour rien. 
DE TOUS CES DÉBRIS, MALGRÉ MOI, MALGRÉ EUX, QUELQUE CHOSE VA BIEN FINIR PAR NAÎTRE !
En attendant, la position du guetteur debout devant sa feuille est un peu fatigante. Et surtout ridicule. Principalement, quand je me regarde. Ce que je ne manque pas de faire. Est-il besoin de souligner qu’il m’arrive de m’ennuyer.
J’ai alors pour seul loisir de m’allonger et de regarder le plafond.
Ou bien encore de marcher dans les rues qui sont parfois si vides sous un ciel délabré,  d’où le soleil s’est absenté. Mais pouvoir encore marcher.




L’une de ses dernières créations : Le cas Lucia J, [Un feu dans sa tête].


En cours de création : Mister Tambourine Man . Présentation complète ici.

1 réflexion sur “Eugène Durif”

  1. Perot claude bernard

    Merci Eugène pour cet envoi et pour ce beau texte du Le guetteur debout …comment l’écrivain se doit d’être au plus près de lui même pour trouver l’autre qui le met en mouvement d’écrire …..j’aime que tu es fini sur le corps qui se met en marche ….Merci à toi et bonne écriture ! .

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