Laurent Pépin, Monstrueuse féérie et Angélus des ogres

Une lecture d’Evelyne

J’ai reçu il y a quelque temps deux textes. Je ne connaissais pas l’auteur, et je les ai donc lus sans le moindre a priori, mais comme toujours dans ces cas-là, avec en même temps l’espoir d’une belle surprise et la crainte d’une déception.

Et j’ai découvert une écriture singulière, qui m’a bousculée, tant par sa forme que par ce que l’auteur racontait.

Pour situer le texte, d’abord dire que Laurent Pépin est psychologue clinicien de profession. Pour autant ne pas s’attendre à un « document » scientifique faisant état de « cas ». C’est un texte littéraire, sans aucune réserve, où il évoque l’univers mental et sensible de ceux que l’on nomme encore « les fous ». C’est aussi une mise en cause des méthodes psychiatriques, de l’intérieur même de l’institution.

Ce qui retient le lecteur, aussi bien dans le premier ouvrage, intitulé Monstrueuse féérie, que dans le second, Angélus des ogres, c’est cette triple inspiration qui les porte : l’expérience d’un professionnel auprès de patients, le vécu personnel d’un homme habité par ses  propres  « Monstres » (c’est « absolument  autobiographique… à quelques détails près ! » dit l’auteur),  la voix d’un poète dont la langue et l’écriture sont fulgurantes et magnifiques.

Réel, hallucination, vérité, fiction ?… Le titre oxymorique Monstrueuse féérie dit cette dualité.   Le lecteur est littéralement et constamment en déséquilibre dans sa progression dans le livre, en ce sens que Laurent Pépin l’entraîne avec lui dans un « ailleurs » qui est en même temps  « ici » : les images dont le texte est saturé sont d’une force et d’une violence (dans leur signification et leur esthétique) qui ne laissent pas indifférent, c’est le moins qu’on puisse dire. Elles échappent à notre compréhension parfois, car elles entrouvrent  des espaces de l’esprit inconnus et inexplorés, des notions totalement imaginaires. L’excès sans cesse, dans les émotions et les sentiments : fascination effrayée.

Autant le dire sans ambages, ces deux textes sont bouleversants et l’auteur parvient à transmuter les terreurs et les monstres en une beauté sauvage, dérangeante et admirable. Sans leur enlever le moindre pouvoir. À distance et en plein cœur. Non pas édulcorer, dissoudre, « filtrer », mais vivre et regarder en face, ce qui n’est « allégories » que pour la psychiatre.

Deux livres hors des sentiers battus, sur des chemins au bord de gouffres où chacun pourrait s’abîmer.


Le dernier paragraphe d’angélus des ogres

« Et la braise se transforma en cendre, et la cendre tomba en une pluie fine et grise sur la blancheur immaculée du sol. J’aurais voulu m’allonger là, regarder une dernière fois les étoiles courir après les amibes et le plancton dans le ciel sale, mais mon carcan de neige libérait seulement mes yeux épuisés, braqués sur le souvenir vivant de Lucy qui clignotait faiblement entre mes jambes… Et tandis que je glissais dans l’inconscience, j’entendis résonner le ricanement rauque du Philosophicus Scepticus… »


Flatland Éditeur

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